Rédhibitoire ?

Indépendamment de toute autre conviction, et du haut de ma très modeste maîtrise de la politique et de l’économie, il y a certains aspects du bilan de notre président sortant, Nicolas Sarkozy, qui me paraissent rédhibitoires. Il ne s’agit que de certaines des thématiques qui me concernent directement, mais ils traduisent à mon sens à eux seuls toute une approche et un sens des priorités.


Numérique

Hadopi

Pour commencer, peut-on réélire celui à qui l’on doit l’Hadopi, une mesure qui a déjà couté des dizaines de millions d’euros au contribuable1, mais n’a encore entrainé ni suspension d’accès à Internet, ni baisse significative du téléchargement illégal, près de 3 ans après sa mise en place2, tout en bafouant la présomption d’innocence ?

Pour qui cette haute autorité a-t-elle été mise en place, sans même répondre à ses propres engagements3 et sans même s’assurer que la société privée qu’il a mandaté pour repérer les pirates fait correctement son travail4, si ce n’est pour enrichir un peu plus les industriels de la musique et du cinéma, ces derniers qui ne se sont jamais aussi bien portés5, bien qu’ils refusent de prendre le virage du numérique6 ?

Enfin, les premières petites dizaines d’internautes qui passeront finalement au tribunal seront-elles blanchies en utilisant la défense avec laquelle plusieurs ministères et ayants-droit l’ont été, à commencer par le Ministère de la Culture, lorsqu’ils ont été pris en flagrant délit de piratage7 ?

Loppsi

Peut-on réélire celui à qui l’on doit des mesures comme on n’en trouve qu’en Chine ou en Afghanistan, qui menacent une liberté fondamentale comme la liberté d’expression ?

La loi Loppsi permet effectivement à l’État d’imposer aux fournisseurs d’accès à Internet de bloquer n’importe quel site Internet, sous couvert de pédo-pornographie, mais sans aucun contrôle de la justice8 ni aucune transparence. Autrement dit si un site ne plait pas au pouvoir en place, rien ne l’empêche à ce jour de le faire bloquer, sans rendre aucun compte.

Dans le même registre, le seul moyen de punir « les internautes consultant de manière habituelle des sites Internet qui font l’apologie du terrorisme ou qui appellent à la haine et à la violence », une proposition de loi annoncée quelques heures seulement après la mort de Mohammed Merah, est d’instaurer une surveillance généralisée des communications sur Internet9, ce qu’aucune démocratie n’a jamais fait, alors que Reporters sans frontières a déjà placé la France sous surveillance pour sa politique en matière de contrôle d’Internet10.

Sécurité routière

Peut-on réélire celui à qui l’on doit la multiplication à outrance des radars, avant n’importe quelle autre mesure pour la sécurité routière, sous couvert de répression des excès de vitesse, qui ne sont pas la première cause d’accident ?

Sont-ils d’ailleurs une cause ou un facteur aggravant lorsque d’autres fautes sont commises ? Comme l’« oubli de clignotant en cas de changement de direction ou de manœuvre de dépassement », qui n’est jamais sanctionné, mais que le code de la route punit pourtant judicieusement d’une amende de 35 euros, d’un retrait de 3 points et potentiellement d’une suspension du permis de conduire de 3 ans, et qu’il estime donc aussi grave qu’un excès de vitesse de 30 à 40 km/h.

Tandis que rien n’est fait contre la somnolence au volant, première cause d’accident avec l’alcool et la drogue11, à qui profitent les excès de vitesse ?

Si ce n’est à l’État qui flashe le plus souvent par l’arrière, et renonce donc délibérément aux retraits de points ?
Si ce n’est aux fabricants de radars, dont les ventes vont encore augmenter avec le remplacement des panneaux préventifs par de couteux radars pédagogiques ?
Si ce n’est aux fabricants d’avertisseurs de radars, hypocritement rebaptisés assistants d’aide à la conduite12, que l’État ne pourra saboter en multipliant les zones de danger car il admettrait ainsi avoir placé ses radars aux endroits les plus rentables et non les plus dangereux ?
Et si ce n’est aux constructeurs automobiles et aux pétroliers (ou plutôt au pétrolier), que l’État enrichit avec les radars mobiles, et plus encore avec les nouveaux radars mobiles mobiles qui entreront en circulation cet été ?

Santé et éducation

Autant de dépenses qui se sont faites au détriment d’autres domaines comme la santé ou l’éducation. Ces millions d’euros gaspillés pour l’Hadopi par exemple auraient pu et pourraient financer d’autres causes. Or au cours des inévitables échanges que j’ai eu à l’approche du premier tour des élections présidentielles, j’ai découvert que beaucoup ignoraient ces méfaits. Ce sont pourtant des questions fondamentales qui, en fonction des priorités de chacun, pourraient influencer vos votes.

N.B. : Ces opinions n’engagent que moi et en aucun cas les institutions auxquelles je suis attaché.

  1. Budget annuel de 10 à 12 millions d’euros selon le Ministère de la Culture.
  2. Loi n° 2009-669 du 12 juin 2009 favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet
  3. Les logiciels de sécurisation promis initialement, seuls à permettre de prouver sa bonne foi en cas de piratage de son accès Wi-Fi, ne sont toujours pas disponibles.
  4. Tout porte à croire que TMG dénonce des internautes téléchargeant des contenus libres de droit lorsqu’ils portent partiellement le nom d’œuvres protégées, un livre électronique plutôt qu’un blockbuster américain par exemple. Lire Hadopi en mode passoire chez Écrans
  5. Selon Médiamétrie relayé par Pure Médias.
  6. Voir le manifeste Don’t Make Me Steal et son introduction pertinente.
  7. Le démenti de l’Élysée qui désavoue la Hadopi chez Slate et un billet semblable concernant le Ministère de la Culture par Nikopik
  8. Mais va-t-elle rester indépendante ?
  9. Sarkozy veut punir l’accès aux sites Internet terroristes chez Le Figaro.
  10. Cybercensure : la France reste sous surveillance en 2012 chez Le Figaro.
  11. La somnolence est la première cause de mortalité sur autoroute mais les bandes sonores ne sont devenues obligatoires qu’à partir de mars 2012.
  12. Avertisseurs de radars : les fabricants entrent dans le jeu de l’État chez Clubic

2 réflexions au sujet de « Rédhibitoire ? »

  1. Sécurité Routière :

    Dois-je avouer que sans les radars automatiques je ne respecterai pas les limites de vitesse ? Peut être que d’autres font aussi comme moi …

    Je ne pense pas que l’on puisse reprocher aux institutions de créer des moyens de faire respecter la loi. Même si ceux-ci finisse par avoir un bénéfice pour l’état qui est finalement double : Moins de vitesse, Un système rentable.

    Numérique :

    Je comprends tout à fait ton point de vue. La liberté d’expression est tellement précieuse et fragile. Mais je ne peux pas m’empêcher de croire que nous ne pouvons pas permettre à des gens d’héberger/de publier des site avec de tels contenus.

    Honnêtement, en tant que responsable, que ferais-tu si tu tombe sur ce genre de site ? Tu le laisserai en place ? Peut être est-ce le procédé que tu remet en cause : La simplicité d’exécution/ de fermeture ?

    Merci pour ces éclaircissement en tout cas.

    • Je ne renie ni l’utilité d’une mesure anti-téléchargement ni celle d’une mesure anti excès de vitesse, mais…

      Concernant l’anti-téléchargement, je constate que l’Hadopi a été mise en place en dépit du bon sens et surtout au mépris des innombrables avertissements des spécialistes. 10 millions d’euros/an pour rien ! Quand le FBI fait fermer Megaupload, le coût est négligeable en comparaison et l’effet est immédiat.

      Concernant la liberté d’expression, le problème est similaire. Le pouvoir en place s’attaque à l' »utilisateur final » plutôt qu’à la source. Lorsqu’on repère un site pédopornographique, ne serait-il pas plus simple de s’attaquer à la source (l’éditeur, ce que permet déjà la loi) plutôt que d’imaginer une surveillance généralisée comme il n’en existe que dans quelques dictatures ?
      La carte de Reporters sans frontière n’alarme que moi ? http://www.lefigaro.fr/hightech/2012/03/12/01007-20120312ARTFIG00554-cyber-censure-la-france-reste-sous-surveillance-en-2012.php

      Enfin concernant la sécurité routière, le problème n’est pas la présence de radars, ce sont les disproportions, à plus d’un titre (limitations de vitesses farfelues, des élus UMP eux-mêmes l’ont reconnu, tolérance zéro).
      Et plus particulièrement qu’on mette tant de moyens contre les excès de vitesse, qui rapportent facilement de l’argent à plusieurs lobbies, mais qu’on fasse si peu contre la somnolence, la drogue, l’alcool et d’autres pratiques à risque (clignotants par exemple).

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