Francesco Tristano en concert electro-classique à l’Avant Seine

Vendredi dernier, j’ai assisté à un nouveau concert electro-classique de Francesco Tristano, pianiste pour les projets Versus 1.0 puis 2.0, cofondateur du groupe Aufgang et d’une manière générale l’un des principaux représentants du genre.

Le contexte

Lorsque j’ai appris quelques heures seulement avant qu’il se produirait dans une salle de la banlieue parisienne dont je n’avais jamais entendu parler, je suis resté dubitatif. Mais la durée du concert (deux heures) et le site Internet de la salle insistant sur la cohabitation des deux genres m’ont finalement convaincus.

Je n’aurais pas hésité une seule seconde si j’avais pu lire ces extraits du livret (voir ci-dessous), qui décrit on ne peut mieux le concept du concert :

« Francesco Tristano s’attache à démontrer que musique baroque et sonorités électroniques peuvent être complémentaires. Il associe les périodes et les styles avec audace, quand il ne les fait pas délibérément entrer en collision. »

Première partie

Pour ce faire, Francesco Tristano dispose d’un piano à queue surplombé de micros, d’un piano électrique, d’un synthétiseur, d’un ordinateur exécutant Ableton Live, d’une carte son et d’un contrôleur, disposés en U autour de lui.

Le concert s’ouvre sur « Kyeotp, Hommage à Bachar Khalife », l’une des ses compositions contemporaines. Alors que les dernières notes du morceau raisonnent encore, il enchaîne sur la « Partita no. 1 en Si bémol majeur » de Bach. Le fondu ne laisse pas le temps au public d’applaudir, mais c’est justement pour que les deux genres « entrent en collision ».

Et alors que je n’apprécie (encore) que les œuvres classiques les plus accessibles, de préférence symphoniques, l’interprétation « audacieuse » de Francesco Tristano accroche les moins initiés comme moi.

Il faut dire que Joachim Olaya, le régisseur, réserve quelques subtilités techniques aux amateurs de musiques électroniques1. Francesco Tristano peut effectivement appliquer des effets et traitements numériques à son piano à queue, de la reverb en particulier, qui sont restitués indépendamment de l’instrument sur des enceintes arrières et latérales. Avec cet effet de spatialisation, le piano dévoile une sonorité futuriste. De la panoramique gauche/droite est aussi utilisée.

Multi-canal, fondus enchainés d’œuvres classiques et de compositions contemporaines, la première partie revisite la musique classique.

Deuxième partie

La seconde partie est réservée aux compositions de Francesco Tristano.

Toujours sans partition, le virtuose jongle avec ses instruments et ses machines, jouant ou manipulant parfois deux d’entre eux simultanément, avec une apparente facilité. On entend seulement quelques fausses notes lorsqu’il revient au piano électrique et qu’il ajuste sa sonorité en live.

Peu à peu les caissons de grave prennent de l’ampleur, les spectateurs battent la mesure, et le crescendo de trois quarts d’heure s’achève avec « The Melody » de Carl Craig, l’une des deux reprises qui a fait connaitre Francesco Tristano des amateurs de musique électronique.

En rappel, Francesco Tristano conclut avec, comme il l’a dit :

« Un petit classique… de la musique électronique ».

Il improvise une version longue de « Strings of Life » de Derrick May, un autre titre fondateur de la techno, ou plus précisément sa reprise, qui a tout de même suscité la création du label InFiné.

Ce 9 novembre, Francesco Tristano a de nouveau prouvé que musique classique et musique électronique, deux genres qu’on pourrait penser incompatibles, sont peut être ceux qui se marient le mieux. Ils s’améliorent même mutuellement : on redécouvre la musique classique avec des sonorités électroniques, et la musique électronique prend une autre dimension au piano (et à fortiori avec un orchestre symphonique).

  1. Joachim Olaya décrit une configuration similaire dans un entretien assez technique accordé au site Internet SoundLightUp.

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